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Si la question de l'homme est et reste le sujet de réflexion fondamental de la philosophie et de la philosophie politique, celle de l'humanité et de son devenir semble bien inquiéter les plus « sages » d'entre nous.
Comment devons-nous penser l'humanité de demain ? L'homme comme individu doit-il revoir son rapport à l'humanité ? L'individualisme aura-t-il fait la promotion de l'égoïsme chez l’individu et sur le plan collectif ? L'homme est-il doué de générosité, de solidarité et du sentiment de fraternité ? Si toutes ces questions ont déjà fait couler beaucoup d’encre, elles restent néanmoins d’actualité et nécessitent de nouvelles réflexions
« Penser, c'est juger », dit Kant. L'homme doit-il être jugé ou repensé aujourd'hui ? Ou bien devons-nous réécouter la réponse des hommes aux grandes questions « Que dois-je faire ? » « Comment dois-je vivre ? » « Quel est mon rapport à Dieu ? »
L'homme a-t-il une destination ou doit-il réaliser sa voie ? L’homme est-il cet être vivant doué de raison ? « Les hommes sont plutôt conduis par le désir aveugle que par raison », dit Spinoza.
Dans « Ethique et Existence politique », j'évoque le désir de raison, « Il n'y a qu'un seul principe moteur, la faculté désirante », dit Aristote. Mais l'homme a-t-il un désir d'humanité ? L'humanité serait-elle relative à nos désirs ? Avons-nous le « désir de raison » comme « désir pour l'humanité » de nous élever vers un idéal, un humanisme à construire, telle une tâche à accomplir au sein de la nation ? Avons-nous un devoir d'humanisme pour l’humanité ou une vocation ? Devons-nous combattre un germe de l’égoïsme en nous-mêmes, un égoïsme conscient de ce qu'il produit ? L'humanisme a été pensé par de nombreux philosophes et a connu sa propre évolution, aussi est-elle terminée ? L'homme sait-il où il va et surtout où il veut aller ?
Toutes ces questions concernent notre rapport aux valeurs et dépendent de notre « niveau de désir de raison », mais également de nos prises de consciences qui en découleront. Le citoyen commence par se connaître au sein de ses proches, sa famille, l’école, la ville, la région, la nation, avant de découvrir le monde.
Le citoyen français découvrira comment, depuis 1792, le régime républicain a pu prendre racine dans la peur et l'ignorance en imposant progressivement une ligne dogmatique qui ne peut jamais être remise en cause, d’où la suppression de la liberté d’expression au profit d’une pensée unique.
La discussion n'est plus possible dès son arrivée au pouvoir, « tout est faux, tout est permis » dit Nietzsche. Certains cherchent le « surhomme » pendant que d'autres misent tous leurs espoirs sur le Divin. Les premiers ne savent plus aimer alors que les autres rêvent d'amour, imprégnés du message d’amour de Jésus Christ. Il est facile de haïr et plus difficile d’aimer. Il est facile de « dresser » des hommes à combattre les autres, comme on dresse des chiens à l'attaque pour conquérir le pouvoir ou le garder le plus longtemps possible. Il est plus difficile d'étudier, de comprendre et de transmettre. Il est plus difficile de s'interroger et de « se comprendre », de partir à la recherche de ce que l'on ne connaît pas encore de soi-même. Aussi, l'homme qui se connait un peu mieux pourra peut-être aussi apprendre à mieux appréhender et apprécier les autres. Je veux citer Socrate qui, selon Hegel était un « vrai philosophe » en ayant appliqué pour lui-même sa doctrine plutôt que de l’écrire. Avant de chercher une explication cohérente du réel dans la société, il faudrait peut-être commencer par chercher une explication cohérente de soi. Être soi, se comprendre, puis s’accepter pour mieux évoluer et dans le fond, pour mieux s’aimer ... Alors nous pourrions continuer ce processus en faisant l'effort de comprendre l'autre, puis de l’accepter et même si possible et pourquoi pas de l’aimer ? Mais le fait de s'aimer (soi-même) ne doit pas conduire vers une attitude « ultra-individualiste » du « citoyen contre toute forme de pouvoir extérieur à lui-même », encore faut-il que le pouvoir soit considéré comme légitime.
Nous savons que le dogme de la pensée républicaine « est » mais « n'existe pas » puisqu’il n'a aucune capacité à se projeter. Il « est » comme l'eau stagnante « est », c'est-à-dire que le dogme des sachants de la république a l'odeur de l'eau croupie.
C'est l'exigence d’éthique pour l’être humain qui stimule le travail de réflexion et tient en éveil le désir de raison. Le système des partis n'a pas d'éthique pour l’être humain, car il entretient le culte narcissique de sa position et de son « pouvoir sur » les autres. L'intérêt particulier et immédiat empêche toute politique de la raison car il s'inscrit dans une démarche sectaire. Le culte jupitérien agit comme si l'autre « n'existait pas ». Et c'est bien là son erreur et même sa faille qui le pousseront tôt ou tard vers l’obligatoire constatation de l'échec de sa stratégie, car c'est lui qui n'a pas « d'existence politique » véritable. Le républicain jupitérien est donc « aveugle » et « sourd ». Il est coupé des autres dont il ignore même leurs idées, ce qui démontre l'étroitesse de son intelligence non évolutive
L’être humain a plus que jamais un grand travail de pédagogie à réaliser s'il veut que son idéal de paix, de solidarité, de justice devienne la réalité de demain. Son éthique et son existence politique sont les outils dont il dispose pour construire un nouveau modèle de société et pourquoi pas choisir le régime qui lui semble le meilleur.
En d'autres termes, l’intérêt supérieur de la nation doit devenir une priorité et permettre aux hommes de dépasser les cercles étroits des partis et des communautarismes. Aussi je voudrais citer maintenant le Docteur Roland Cahen : « Il apparaît en effet, avec une clarté toujours plus aveuglante, que ce ne sont ni la famine, ni les tremblements de terre, ni les microbes, ni le cancer, mais bel et bien « l’homme » qui constitue « pour l'homme » le plus grand des dangers ». Il s’agit donc maintenant de favoriser les rencontres des « hommes de conscience » afin de conduire l'humanité vers un chemin plus éclairé et en harmonie avec le Divin.
Pour cela, cherchons notre diapason intérieur, prenons le temps de nous accorder les uns avec les autres comme le violon s’accorde avec le hautbois puis avec tous les musiciens de l'orchestre. Travaillons la partition avec justesse comme de bons musiciens qui savent ce que le mot « juste » veut dire.
Jean-Yves Métayer-Robbes
Docteur Honoris Causa en Pschologie et Philosophie des Sciences Politiques